Abidjan, début septembre 2005. L’artiste Nash, 22 ans, égérie engagée du rap ivoirien et figure de proue du mouvement Nouchy (argot urbain ivoirien) réunit quelques “collègues artistes” sous le nom de collectif “Gbonhi Yoyoyo” pour l’enregistrement d’une compilation dédiée à la paix. Sortie mi-septembre, en période troublée.
Personnellement touchée par les massacres de “Guitrozon” et de “Petit Duékoué”, puisqu’une partie de sa famille y a été décimée, Nash entend apporter la contribution des artistes du rap ivoirien. Son élan a été boosté par l’implication de Rajah Anaconda, son pote de Yopougon.
Si les chanteurs Zouglou et les Dj’s “Coupé-Décalé” s’étaient déjà manifestés par rapport à la situation du pays, les rappeurs eux, s’en étaient tenus à des démarches individuelles. Sous l’émulation de l’artiste Nash, le collectif “Gbonhi Yoyoyo”, créé pour l’occasion et composé de ses plus fidèles collègues artistes, décide de répondre à l’attente de toute une frange de la jeunesse ivoirienne.
L’album “Y A Koi Même ” : sortie mi septembre.
“Depuis le 24 décembre 1999, la Côte d’Ivoire est divisée en deux comme une poire, à cause d’une guerre qui perdure. Face à cette situation alarmante le “Gbonhi Yoyoyo”, une formation de jeunes rappeurs ivoiriens, Rajah Anaconda, Priss’K, Ada Shlaind, l’humoriste Zonga (de Zonga & Tao) et moi-même, a décidé d’apporter son soutien au peuple ivoirien, de conscientiser l’Afrique, et de crier son ras-le-bol”, explique Nash.
Et d’ajouter: “La musique est un moyen d’évasion et de soutien moral. Le collectif “Gbonni Yoyoyo” s’appuie sur cette réalité pour véhiculer un message d’amour, de fraternité et de paix. Nous sommes fatigués, comme les Ivoiriens et beaucoup d’Africains, de toutes ces guerres fratricides qui ne mènent à rien. Ainsi l’album s’intitule “Y A Koi Même?” ”.
Soutenus par l’agence Nouchy Arts (Abidjan-Lausanne) et son directeur artistique Mathias Nagy (ex de Couleur 3), et par le label Lions Productions (Genève) fondé par Cédric Bouchard et Joël Grammson, né en Côte d’Ivoire, ces artistes, qui représentent plusieurs ethnies du nord et du sud, sont en studio. Les soutiens sur place sont nombreux et l’énergie de cette démarche collective se trouve au plus haut. Un clip est en préparation et l’espoir d’une tournée dans tout le pays se concrétise.
Nash, l’espoir du rap ivoirien, crée un collectif d’artistes unis pour la paix, avant les élections prévues en octobre.
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Au tour des Rappeurs, après les zougloumans et les dj’s “coupé-décalé” qui ont déjà fait entendre leurs collectifs de voix pour porter des messages de paix et d’appels au calme. Sous l’impulsion de Nash, l’égérie ivoirienne du rap, la mobilisation est complète grâce à l’arrivée des tenants du genre, issus d’ethnies et de communautés religieuses représentatives des deux parties d’un pays divisé.
NASH se fait connaître en 2002 grâce à la compilation “Enjaillement”, lancée par les artistes Boni de R.A.S. et Kesdo du groupe Les Refrè. Elle y reprend, façon clin d’oeil, le tube des Magic System, “1er Gaou” sous l’angle de la dérision et d’une vision féminine. “1ère Djandjou” porte la compilation jusque dans les coins reculés du globe, grâce à l’adhésion de la diaspora ivoirienne. La trublionne plaît aux idoles du moment qui la sacrent ‘star du rap’ en lui accordant la première partie de plusieurs méga-spectacles. Boni l’avait découverte lors d’un sound system dans un maquis de Yopougon qu’il parrainait avec Joey Starr, le leader des N.T.M., égaré en Côte d’Ivoire lors d’une tournée africaine et tombé immédiatement sous le charme. Médiatisée avec seulement une chanson, NASH s’apprête à répondre à l’attente impatiente de ses fans avec la sortie de “Ziés Dédjas”, son premier album, actuellement en mixage à Paris, co-produit par l’agence Nouchy Arts basée à Abidjan et Lausanne.
RAJAH ANACONDA est un ami de longue date de Nash du quartier Yopougon. Rappeur prolifique, au style inclassable, il manie le baoulé et quelques fois le français et le nouchy. Sa plume extraordinaire sait naviguer entre la réalité crue de la situation ivoirienne, l’humour, la dérision et un certain sens de la mise en scène théâtrale. Son flow typiquement baoulé définit son style et touche particulièrement les ivoiriens. Membre du groupe Sang Franc Sang Froid, il explose avec son morceau phare “Mossikro, mon quartier” sorti en 2002. Il participe également aux compilations “Enjaillement” (2002) et “Fusion 100 Couleur” (2003). A côté de sa musique, l’artiste dispose d’un BTS en communication et d’une solide expérience radio. Il intègre depuis 2004 l’équipe de l’émission hip-hop n° 1 à Abidjan “Hip-hop Radio Street” sur Radio Treichville 93.6 FM.
PRISS’K(prononcez Prisca) est la première rappeuse ivoirienne. Elle sort son 1er album avec son frère Isaac Alerte en 1997. Son 2ème album vient en 2000 sur lequel elle interprête “Rasta Poué” de Alpha Blondy ce qui lui vaut un duo avec la méga star à Bercy. Elle pose également sur l’album de Neth Soul et Fadal Dey dans “Prend ma main”. Elle partage la scène avec des artistes tels que Bisso na Bisso, Pit Baccardi, Oxmo Puccino, Koffi Olomide, Positive Black Soul... Dernièrement, elle sort le 1er maxi single au Burkina Faso avec le grand groupe de rap Yeleen. Nash lui doit sa vocation, alors qu’elle vit encore à Man et qu’elle est au collège. Les deux rappeuses se sont connues lors de la dédicace télévisée de l’album de Wedji Ped à l’Hôtel Ivoire. Depuis elles sont devenues plus que des soeurs et se côtoient régulièrement au quartier Yopougon, la commune la plus grande et la plus peuplée d’Abidjan.
Expression typiquement afro-francophone, le titre “Y A Koi Même?”, contient déjà sa dose d’indignation face à la guerre. Si une équivalence devait lui correspondre, cela pourrait être “Il n’y a pas de Koi fouetter un chat” : “Qu’est-ce qui se passe, qu’est-ce qui nous arrive pour qu’on s’entretue” précise Nash. “La Côte d’Ivoire est un pays de joie et de paix, ces choses-là ne lui ressemblent pas.” La jeune rappeuse résume ainsi l’interrogation ambiante, le ras-le-bol de l’Ivoiren de la rue, du village. Le thème récurrent est, selon Nash, la “Réconciliation pour le retour de la paix en Côte d’Ivoire”. Voici les chansons en cours d’enregistrement, hormis le titre-phare “Y A Koi Même?”:
“C’est Mélangé”, fait allusion à la manière politicienne qui tend à impliquer la population dans le jeu malhonnête d’intérêts personnels.
“Mangement d’esprit”: se destine à ouvrir les yeux des peuples sur la réalité des élections, histoire de rappeler que c’est le peuple qui doit décider.
Autres chansons aux titres évocateurs: “On Se Met Bien ”,“Partout Pays”, “Bété Gâté ”, “Gbonhi Yoyoyo”, “Gbonhi Yoyoyo” (remix)
Nouchy Arts, Agence Artistique
Mathias Nagy
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Côte d’Ivoire : +225 07 26 29 37
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